La plume des insoumis

//INTERVIEW// La plume des insoumis ( 02 | 2011 )

Bon, alors nous y voila. Je te propose de t’emmener (virtuellement bien entendu) mener cet entretien autour d’un petit thé à la menthe, quelque part dans un pays arabe où il fait doux, et où souffle un petit vent révolutionnaire Qu’en penses-tu?

Ok, c’est parti, direction l’Egype en faisant un détour par la Tunisie (où on en profite pour saluer les grévistes de Gafsa !)

L’avion décolle, pendant le voyage tu peux nous dire: Dubamix, c’est qui, c’est quoi?

Dubamix, à la base j’ai commencé à faire de la musique assistée par ordinateur (MAO) en 2003. Dès le début, les musiques sont militantes et le principe est le suivant : des extraits de discours d’hommes politiques + du dub + des samples d’autres styles musicaux. Le but : faire passer un message anticapitaliste, autogestionnaire à travers de la musique (dub), ce qui rend le message plus accessible et plus facilement diffusable dans des milieux pas forcément militants. Depuis, Dubamix s’est agrandit : j’ai été rejoint par Bonj, ingé-son, et Buss, VJ. On réfléchit ensemble à créer un live cohérent.

Ha! L’avion atterrit, nous sommes arrivés. Tu as choisis une licence CC tu peux nous expliquer pourquoi?

Je pense que le but de la musique (en particulier, mais de l’art en général) est d’être diffusée le plus possible. En plus de ça, je suis pour que les musiques se mélangent. Je serais ravi que quelqu’un reprenne mes musique et les arrange avec son style. Il n’est peut être pas inutile de préciser que de tout temps, les différents styles musicaux se sont influencés mutuellement et que la propriété intellectuelle sur les oeuvres musicales est un concept relativement récent. Par exemple, Haendel, compositeur de l’époque baroque (début du 18è siècle) est connu pour ses nombreux « plagiats » : il prenait des mélodies écrites par un autre compositeur et les arrangeait à sa façon. Brahms a fait de même en reprenant des mélodies traditionnelles de Hongrie. Mais cela ne choque pas tous les bourgeois qui critiquent l’usage de sample dans le rap ou les musiques électroniques ! Il me parait donc important de mettre mes musiques à disposition de qui le souhaite pour qu’il les utilise à sa façon, en les remixant, en les déformant, bref en faisant ce qu’il veut du moment qu’il ne le fait pas dans un but commercial et qu’il précise qu’il a samplé du Dubamix.

Ta musique est gratuite, tu ne vis donc pas de ça? Ce n’est pas comme ça que tu pourras rejoindre Johnny en Suisse, tu en es conscient?

Ah mince, moi qui comptais justement m’offrir un chalet avec 3 piscines à deux pas de Genève… Plus sérieusement. Oui en effet je ne vis pas de ce projet, j’ai un boulot à côté (prof de musique en collège) qui me permet de bien vivre et surtout d’avoir pas mal de temps libre…! Par contre, je ne dirais pas que ma musique est « gratuite », elle est téléchargeable gratuitement, mais des coups sont engendrés (achat du matériel, stickers, pressage des cd’s, …) c’est pour cela qu’on peut aussi acheter le CD’s ou faire un don si on en a l’envie et les moyens.

Ha! Je comprends mieux pourquoi tu défends le service public. Je résume: Tu veux diffuser ta musique le plus largement, elle est gratuitement téléchargeable, duplicable, tu ne loupes pas une occasion d’égratigner les puissants, les patrons, les politiques, les flics, tu prônes l’autogestion, tu défends toutes les libertés… Mais on n’a pas entendu de nouveaux morceaux sur les retraites par exemple. Difficile d’être tout le temps, sur tous les fronts?

Exactement… ça aurait été possible si je n’étais pas dans la préparation du live…! Idem, je n’ai pas eu le temps de faire une musique contre la loppsi. J’ai juste eu le temps de mettre des tracts et des infos pour les manifs sur le site…

Donc tu es toujours aussi engagé et motivé. Que t’inspirent les révolutions en cours en Tunise et en Egypte?

Je ne connais pas assez bien la situation dans ces pays, mais ça m’inspire deux choses : de l’espoir et de la crainte. De l’espoir car ce sont des mouvements spontanés, populaires, qui ont réussi à se construire et ce même face à une répression féroce. Qui aurait estimé cela envisageable l’année dernière ? Mais il y a forcément un peu de crainte : la crainte que l’armée prenne le pouvoir, que des politicards récupèrent ces révoltes populaires à leur compte et qu’au final le peuple subisse toujours la même exploitation… Heureusement, cette crainte se dissipe quand je vois qu’encore aujourd’hui, des Tunisiens manifestent, veulent occuper des lieux symboliques, et ne sont pas dupes des remaniements de façade ! Prenons-en de la graine !

J’ai vu que ton live était en voie d’être finalisé. Tu vas aller jouer en free?

Très certainement… D’autant plus que c’est pas à toutes les free qu’on peut entendre du Dub, donc ça serait intéressant d’aller y mettre mon « grain de dub » !

A part le live (tu es déjà booké sur certaines dates comme le festifl’art organisé par le Blamone), tu as d’autres projets?

Non, là tout se concentre sur le remix et la compo de nouvelles musiques pour le live, mais rien d’autre pour l’instant

Un album en 8 ans (2003), c’est pas lourd quand même. D’autres morceaux sont en chantier?

En effet c’est pas énorme… Mais le travail sur le live a permis de modifier les musiques en profondeur, d’y mêler d’autres influences, … Et il y a deux nouvelles musiques qui seront dévoilées en live… (une musique sur la palestine, et une sur la crise). Une de ces musiques sera mise en ligne très prochainement…

Justement! Tu parles de tes influences, elles ont l’air très variées. Pourquoi avoir choisi le dub?

Le choix s’est fait assez naturellement…je pense qu’il y a plusieurs raisons à ça : tout d’abord, le dub et le reggae sont les musiques que j’écoute le plus qui me font le plus kiffer…! En plus, il se trouve que le dub est un style qui peut bien sonner en MAO (avec des instruments virtuels et/ou des samples), à la différence d’autres styles que j’apprécie beaucoup (jazz, chanson, musique « classique » par exemple) Et à cela s’ajoute le fait que le dub est une musique qui peut se mélanger assez facilement à d’autres styles (de même que le rap) et où les extraits de discours d’hommes politiques peuvent être superposés tout en restant audibles (même si ce n’est pas toujours le cas sur « mix a dub », faute de compétences techniques à l’époque !). Un élément auquel je n’avais pas pensé au moment de faire mes premières compo, est que le dub est une musique assez accessible (à la différence du punk ou de la artek par exemple) : beaucoup de gens sont susceptibles d’écouter du dub (mes collègues par exemples !). Ainsi, le message n’est pas diffusé uniquement aux amateurs de ce style.

Le mot de la fin?

Un big up à tous les potes qui soutiennent le projet depuis le début et aux gens qui collent des stickers dubamix un peu partout !

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